Carte blanche

Un appel à ne pas céder… modestement en ce 18 juin

Nous vivons une époque étrange. L’antisémitisme réapparaît sans complexe dans nos rues, sur nos réseaux sociaux, dans des universités et même dans des lieux où l’on prétend défendre les droits humains. Les droits des femmes sont contestés ou relativisés au nom de considérations culturelles, religieuses ou géopolitiques. Des militants qui se présentent comme les héritiers de l’antifascisme ferment les yeux sur les violences, les discriminations ou les crimes lorsqu’ils sont commis par celles et ceux qu’ils considèrent comme appartenant au « bon camp » et agissent avec des méthodes empruntées à leurs adversaires.

Le monde semble parfois marcher sur la tête.

Alors, à mon modeste niveau, j’ai envie de lancer un appel.

Non pas un appel contre quelqu’un, mais un appel à rester fidèles à nos principes lorsque tant d’autres choisissent de les adapter aux circonstances.
Il est des moments où le silence devient une forme de renoncement.

Un appel à celles et ceux qui refusent les doubles standards.

À celles et ceux qui continuent à croire que l’antisémitisme reste un poison pour nos démocraties, même lorsqu’il se drape dans les habits de l’antisionisme radical.
À celles et ceux qui pensent que les droits des femmes sont universels et qu’ils ne s’arrêtent ni aux frontières, ni aux cultures, ni aux idéologies.
À celles et ceux qui refusent les intimidations, les campagnes de haine et les procès en illégitimité.
À celles et ceux qui ne veulent pas choisir entre combattre le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, l’homophobie ou tous les extrémismes.

Car ces combats n’ont jamais été concurrents. Ils sont les différentes facettes d’une même exigence : la défense de la dignité humaine.

Comme d’autres avant nous, nous avons le devoir de tenir.

Tenir lorsque les modes intellectuelles nous invitent à détourner le regard.
Tenir lorsque les réseaux sociaux récompensent la haine plus que la nuance.
Tenir lorsque la lâcheté devient plus confortable que le courage.
Tenir parce que la démocratie n’est jamais acquise.
Tenir parce que les libertés reculent toujours lorsque les démocrates se taisent.

Et tenir parce que renoncer aujourd’hui, c’est préparer les défaites de demain.

Je n’ai jamais cru aux combats sélectifs. Je refuse de défendre les femmes ici chez moi mais de me taire à Téhéran ou à Kaboul. Le racisme, l’antisémitisme, le sexisme et toutes les formes de rejet de l’autre doivent être combattus avec la même exigence. Je refuse les indignations à géométrie variable qui condamnent certaines discriminations tout en excusant les autres. Je refuse que l’on oppose les luttes ou que l’on instrumentalise l’une d’elles pour minimiser les autres. Je refuse de parler de démocratie tout en fermant les yeux sur ceux qui veulent la détruire. C’est pourquoi, malgré les intimidations, les menaces, malgré les déceptions et parfois malgré la solitude, je continuerai à parler. Parce que se taire n’a jamais protégé personne.
Parce que céder n’a jamais fait reculer la haine.

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